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De la jeunesse et de la formation politique de Patrice Emery Lumumba

 

Par

Musongo Kashilemba Freddy

Résumé

Tout homme politique pose des actes. Certains sont visibles et d’autres invisibles. Parmi les hommes politiques de notre pays, il y a Patrice Emery Lumumba, Premier ministre de la première République du Congo, dont nous voulons décrire le parcours politique et les traces qu’il a laissées dans le schéma perceptif congolais.

Introduction

De la naissance à la formation politique, P.E. Lumumba a fait montre du patriotisme sociopolitique. Elevé au rang de Héros national après sa mort, Lumumba a marqué l’histoire de notre pays. Premier Ministre du premier Gouvernement du Congo indépendant, il demeure un grand personnage politique incontesté sur qui il faut davantage de recherches pour donner l’occasion aux générations futures de se représenter un modèle en politique.

Nous évoluerons donc en deux temps : en premier lieu nous parlerons de la naissance de P.E. Lumumba, en second lieu nous parlerons de son savoir : Lumumba à Kinshasa, à Kisangani, la prison, la conquête de Kisangani, création du MNC, la Table ronde salle le destin et la liste des ministres du gouvernement Lumumba. Dans cette démarche, nous nous sommes servis de la méthode historique.

1. De la jeunesse et de formation politique

Né le 02 juillet 1925 à ONALOWA, petit village situé dans la savane du territoire de Kataka-kombe dans le District du Sankuru (Kasaï Oriental). Lumumba avait trois frères : Charles Lukulunga (ainé de famille) qui devient commerçant, Émile Onatuku de quatre ans plus jeune que Lumumba, qui demeurait au village et Louis Lumumba né en 1931. Ce dernier suivit son frère dans la carrière politique et devint ministre de l’intérieur du premier gouvernement de la province orientale (Julien, 1977).

Le père de P.E. Lumumba, François Tolenga appartenait à la petite paysannerie d’une région pauvre et relativement isolée. Les revenus agricoles y étaient encore plus faibles que dans la zone forestière du Nord du territoire. P.E. Lumumba eut dans son enfance le spectacle de la misère des paysans de son village, pris entre les contraintes des cultures obligatoires et de l’impôt en faveur de l’administration coloniale et l’influence étouffante et totalitaire des missions occidentales.

Ces souvenirs d’enfance villageoise fait de privation, d’humiliations, de peur et de ressentiments qui étaient communs, furent ignorés des européens habitués aux conditions plus clémentes de la vie urbaine à la fin de la période coloniale. Les parents de P. E LUMUMBA étaient catholiques probablement parce que la mission la plus ancienne de la région, fondée en 1910, était celle des pères passionnistes de Tshumbe Sainte-Marie (Charles André Julien, idem).

En 1914, fut créée la mission protestante méthodiste de Wembo-Nyama à sept kilomètres du village d’Analowa. P. E LUMUMBA avait le choix entre les deux missions, mais il préféra en dépit de la religion de ses parents, aller à l’école primaire des missionnaires méthodistes, sans doute parce qu’elle était plus proche. Il semble que son père, qui aurait voulu faire de LUMUMBA un Catéchiste, en fut très irrité et exclut son fils de la maison pendant trois mois. Lumumba avait environ dix ans quand il entra à l’école des méthodistes et il y demeura pendant quatre ans. Il semble qu’il fut baptisé par les méthodistes dès la première année, bien qu’il n’en fît plus jamais par la suite. Lumumba se révéla un élève intelligent et assidu, mais il fut cependant chassé de l’école après quatre années pour manque s’assiduité aux services religieux et aussi, semble-t-il, parce qu’il avait rendu une élève enceinte.

Âgé d’environ seize ans, P. E LUMUMBA retourna dans son village natal d’Onalowa où il demeura encore deux ans, partageant son temps entre des travaux divers effectués pour les missionnaires, les corvées familiales et villageoises et la lecture de toutes les publications qui lui étaient accessibles entre autres à la bibliothèque de la mission de Wembo-Nyama. A ce moment, Lumumba ne possédait aucun certificat scolaire et sa formation était principalement celle d’un autodidacte.

2. Formation politique de P. E LUMUMBA

2.1. Lumumba à Kinshasa (1947-1948) 

À Kinshasa, P. E LUMUMBA fait l’expérience du racisme, mais aussi son premier apprentissage politique. La première fois qu’il fut traité de « macaque » par une Européenne qu’il avait involontairement heurtée dans la rue, le traumatisa profondément. Il vécut avec un sentiment d’angoisse jusqu’au jour où il découvrit en allant à Brazzaville, de l’autre coté du fleuve Congo ; qu’il existait d’autres types de rapports sociaux avec les européens.

Pierre Clément, qui fut à Kisangani son ami et son confident, a relaté cette anecdote exemplaire : « sa première révélation d’un autre monde possible date du temps où il est à l’école postale de Léopoldville en 1947. Il décide un jour d’aller visiter Brazzaville de l’autre coté du pool-frontière » (Charles André Julien, op.cit, p188).

Il n’est pas douteux que P. E LUMUMBA a souffert toute sa vie du déchirement entre d’une part, son admiration presque illimitée et sa confiance dans les valeurs et la culture européenne, dans les réalisations de la technique occidentale et d’autre part, les frustrations sans cesse renouvelées provoquées par le racisme, le mépris et l’incompréhension des Blancs. Pas un congolais à cette époque n’avait investi autant de foi, de courage et de temps dans l’acquisition personnelle de la culture européenne ; nul ne pouvait ressentir aussi vivement que P. E LUMUMBA l’humiliation d’être rejeté par cette société.

À Kinshasa, Lumumba avait commencé également à prendre conscience de l’aspect politique de la situation coloniale. À Brazzaville, il avait vu des Africains occupaient sans difficultés des postes de responsabilités. À Kinshasa, rien de semblable ; une bureaucratie coloniale peuplée en majorité de petits blancs imposait un système de relations sociales mi-paternaliste mi-raciste, qui masquait totalement toute vie politique.

L’absence de droit de vote, le contrôle sévère du droit d’association et d’expression, les limitations aux possibilités de circuler et d’échanger, le quadrillage montueux opéré par l’administration, les entreprises et les missions, faisaient du Congo de cette étape « un empire du silence », pour reprendre le titre du reportage qu’O.P Gibert fit en 1946 (Charles André Julien, 1977 :199).

Des contestations anticoloniales de la fin de la période de guerre (mutinerie de Luluabourg, grèves de Matadi et de l’union minière, flambée Kitawaliste et Mpadiste, revendications des « évolués », il ne restait apparemment plus grand-chose, mais on peut supposer que ces événements et les répressions qui suivirent faisaient encore trois ou quatre ans après, l’objet des conversations entre Africains à Kinshasa.

Au moment où Lumumba recevait à Kinshasa une première initiation politique, KASA-VUBU qui avait abandonné ses études au grand séminaire des pères de Scheut, prononçait son premier discours révolutionnaire consacré aux « droits du premier occupant ». 

2.2. A Kisangani (1948-1956) 

Dès son retour à Kisangani, il entreprend un programme de lectures plus systématique en sciences sociales : droit, philosophie, sciences économiques et sociales, administration publique. Il est aidé par des professeurs bénévoles européens qui lui prêtent des livres.

A partir de 1952, Lumumba bénéficie des conseils et de l’aide d’un sociologue Belge, P. Clément, qui est chargé par l’UNESCO d’une conquête sur les aspects sociaux de l’urbanisation en Afrique (Charles André Julien, idem, P.199).

Une amitié et une collaboration se développent entre eux tout au long des dix-huit mois que dure la recherche sur terrain. C’est surtout par son activité débordante au sein de diverses associations urbaines que Lumumba se fera connaitre parmi l’élite africaine de Kisangani et qu’il fera un apprentissage irremplaçable de la vie publique.

Il crée, participe ou dirige les principales associations non tribales de Kisangani : l’association des évolués de Stanley-ville (A.E.S), l’association du personnel indigène de la colonie (A.P.I.C). L’amicale des postiers indigènes de la colonie, l’association des anciens élèves des pères Scheut (ADAPES), le groupement culturel Belgo-congolais. Il préside également la mutuelle des Batetela.

2.3. La prison

Rentrant de Bruxelles à Kisangani le 06 juillet 1956, LUMUMBA fut brutalement confronté avec la réalité du système colonial. Il fut arrêté sans ménagements à sa descente d’avion pour avoir détourné pendant l’exercice de ses fonctions au poste, une somme de 126.000 francs belges (soit environ 3.000 dollars). Il reconnut les faits et fut condamné à deux ans de prison. Sa qualité d’immatriculé lui avait permis d’être jugé par le tribunal de première instance mais les conditions de son arrestation et de détention et l’importance de la peine n’étaient nullement en proportion avec la gravité de la faute commise. Nul ne s’y trompa à Kisangani : les adversaires de Lumumba, Blancs et Noirs avaient saisi l’occasion pour l’humilier et l’battre socialement. La peine fut réduite en appel à dix-huit mois, puis finalement à douze sur intervention du ministre des colonies (Charles André Julien, ibidem, P.202). 

L’arrestation de Lumumba suscita de nombreux commentaires dans la presse et une polémique entre ses amis et ses détracteurs. Si l’incarcération de LUMUMBA fait plaisir à ses antagonistes, elle attriste cependant tous les congolais de Stanley-vile, et il suffit d’aller à la cité, dans les barres sans convaincre tout le monde, hommes, femmes et enfants ne font qu’émettre des vœux pour la libération de ce leader, président de plusieurs associations culturelles, qui s’est tout dévoué avec un entier désintéressement pour défendre les intérêts de ses frères de race. 

Bien loin d’abattre Lumumba socialement, son emprisonnement lui valut un regain de popularité. 

2.4. La conquête de Kisangani 

LUMUMBA avait suivi de sa prison les événements politiques qui avaient lieu à Kinshasa, et il en tira, entre autres, l conclusion que c’était dans la capitale que je jouerais l’avenir politique du pays.

Dès sa libération en juin 1957, LUMUMBA s’installa à Kinshasa où il devint directeur commercial d’une deux grandes brasseries qui se disputent le marché de la capitale. Sa fonction lui permit de développer rapidement ses contacts dans les milieux africains de la capitale. De juillet 1957 à juillet 1958, LUMUMBA déploie une intense activité politique et noue des contacts dans trois directions différentes ou dans trois milieux qui couvrent à peu près tout le champ de l’élite congolaise de la capitale, à ‘exception des Bakongo regroupés déjà dans une forte association tribale, l’ABAKO et imperméable aux sollicitations des autres ethnies.

Il devient vice-président du cercle libéral d’études et d’agrément, président de la fédération des Batetela et membre du centre d’études et des recherches sociales (CERS) dont était sorti le manifeste de conscience africaine (Charles André Julien, op.cit, P.203).

2.5. Création du Mouvement National Congolais (MNC)

Le Mouvement National Congolais (MNC) créé le 05 octobre 1958, fut précédé de plusieurs événements politiques qui avaient accéléré au courant de 1958, le processus de prise de conscience au sein de la population des principales villes du Congo. Les élections communales de fin décembre 1957, avaient été teintées de tribalisme donnant à Kinshasa la victoire aux Bakongo qui avaient obéi avec discipline aux instructions de l’ABAKO (Van Reyn, 1960, P.31).

Kasavubu, à peine nommé Bourgmestre de la commune de Dendale, aujourd’hui Kasavubu prononça le 20 avril 1958 un discours retentissant dans lequel il réclamait au nom de la démocratie « l’autonomie interne » et « la nationalité congolaise ». Le 26 mai, l’action socialiste qui regroupait les quelques rares marxistes et socialiste congolais de l’époque, publie à son tour un manifeste politique qui contient déjà les grandes lignes de la future déclaration gouvernementale du 13 janvier 1959.

Le 26 aout, le général de Gaulle est à Brazzaville. Il promet l’indépendance à ceux qui veulent la prendre au cours d’un discours qui retentit profondément de l’autre côté du fleuve (Justine Mpoyo Kasavubu, 1997, P.9). 

2.6. La table ronde scelle le destin du Congo

« La Belgique doit être fière que – à l’inverse de tous les peuples colonisés – notre désir s’exprime sans haine et sans ressentiment. C’est là une preuve indéniable que l’œuvre des Belges dans ce pays n’est pas un échec » (Euloge Boissonnade, 1998).

Lorsque les Belges comprirent qu’ils allaient être inéluctablement obligés d’octroyer l’indépendance à leur colonie, ils entamèrent une série de manœuvres dilatoires pour conserver la direction du pays. Leurs experts réveillèrent leurs espérances lorsqu’ils évoquèrent le danger que représentait la remise, sans aucune préparation, d’un Etat moderne à un peuple à peine sorti de ses concepts de cueillette, de pêche et de chasse, et fortement imprégné de fétichisme ancestral.

Il apparaissait évident que dépourvus de cadres administratifs, privés d’ingénieurs et de techniciens, sans officiers supérieurs, les congolais ne possédaient ni les instruments, ni les aptitudes indispensables pour gouverner un pays nanti d’une organisation administrative, économique, industrielle, agricole, sociale, remarquable et performante.

 

Sur 8.200 fonctionnaires belges en service au Congo le 30 juin 1960, deux mois plus tard, à la suite des émeutes de Léopoldville, de Matadi et des viols des femmes blanches à Thysville, il n’en reste plus que 1.600, c'est-à-dire que le pays n’était plus administré (Euloge Boissonnade, 1998).

 

Un diplomate, le compte d’Aspremont Lynden fut chargé par le premier ministre d’étudier la création d’une communauté belgo-congolaise. Bruxelles, à l’inverse de Paris et Londres, n’avait visiblement pas compris que la situation était irréversible les Africains une indépendance totale et définitive.

 

Les Belges cherchant à défendre leurs intérêts, biaisèrent en proposant aux leaders politiques congolais une réunion à Bruxelles, dans le but de définir le cadre des accords indispensables à la passation des pouvoirs. Après bien des tergiversations, à la surprise générale, les congolais réussirent à former un front commun et se présentèrent unis face à la délégation belge.

 

Premier point litigieux : l’absence de LUMUMBA, emprisonné à la suite d’une émente qui, à la fin de l’année 1959, avait provoqué la mort d’une vingtaine de personnes à Stanley ville. La délégation congolaise refusa de siéger sans la présence du leader du MNC (Mouvement National Congolais). Ce n’était pas vraiment une manifestation de sympathie à l’égard du brouillant député de Maniema, mais un moyen de faire comprendre aux colonisateurs que le front commun qu’ils avaient constitué était sans faille. Quarante-huit heures plus tard, LUMUMBA débarquait à Bruxelles. Parmi les gens venus l’accueillir, un certain Joseph Désiré MOBUTU journaliste à info-Congo lui montra fièrement sa carte de membre du MNC.

 

Les deux hommes se retrouvèrent le lendemain dans le hall du palais des congrès ou devait se tenir la Table ronde. Le jeune journaliste s’était déjà installé dans la salle des séances lorsqu’il fut prié de sortir par Cléophas KAMITATU qui rapporte la scène dans son ouvrage « la grande mystification du Congo Kinshasa ». « Vous êtes bien étudiant ou stagiaire en Belgique ?

-          Oui ;

-          Alors veuillez m’excuser, mais votre place n’est pas ici, la réunion est uniquement destinée aux délégués expressément venus du Congo ;

-          Non ! Je suis de la délégation du MNC, je dois assister à cette réunion ;

-          Je regrette, mais si vous insistez, vous m’obligez à lever la séance ».

 

MOBUTU sort et rencontre LUMUMBA qui s’apprête à rejoindre ses collègues. Par ses déclarations enflamées le leader du MNC faisait figure de progressiste au sein de la délégation congolaise où il avait été accueilli avec froideur. Il éprouvait confusément la nécessité de s’attacher ce jeune journaliste, déjà rompu aux pratiques de la politique occidentale. Et puis MOBUTU avait assisté aux tractations engagées entre les représentants du gouvernement belge et la délégation congolaise pour le faire libérer.

 

Un détail retint l’attention de LUMUMBA, MOBUTU tenait à la main une machine à écrire portative. S’il pouvait s’attacher la collaboration de ce jeune journaliste, il prendrait un avantage certain sur les autres leaders congolais. « Vous avez apporté votre outil de rédiger rapidement et de façon soignée », lui dit-il d’un ton engageant. Et comme MOBUTU ouvrait avec fierté le boitier de la Remington qu’il venait d’acquérir, LUMUMBA lui proposa de travailler avec lui pendant la durée de la Table ronde (Euloge Boissonnade, 1998).

 

Mobutu eut du mal à dissimuler son enthousiasme. Cette proposition lui offrait de multiples avantages. Pendant quelques jours l’obscur journaliste congolais allait vivre dans le sillage du leader le plus adulé de l’Afrique noire. Pris sous les projecteurs de l’actualité, il recueillerait forcément les miettes de la gloire qui allait auréoler Lumumba. Et comme il ne manquait pas d’ambition, il comptait profiter de sa situation d’observateur privilégié de cette Table ronde pour sortir de l’anonymat grâce aux informations de première main qu’il publierait dans son journal.

 

Enfin, il allait avoir l’occasion de glaner dans les couloirs du palais des congrès quelques indiscrétions qui le valoriseraient auprès des services de police belges qui l’aidaient à boucler ses fins de mois.

 

On conçoit dès lors que les protecteurs de Mobutu aient été intéressés par les nouvelles fonctions qu’allait exercer leur jeune indicateur auprès de ce grand Africain dégingandé que les occidentaux désignaient comme le « Lénine noir de l’Afrique centrale ». C’était pour le moins exagéré. Volontiers provocateur, LUMUMBA inspirait par ses déclarations intempestives, empreintes d’un nationalisme exacerbé, une panique dans le clan occidental.

 

Pourtant lors de cette Table ronde LUMUMBA et TSHOMBE vont se faire voler la vedette par le rusé KASAVUBU. D’abord par un départ inexplicable et qui apparait donc mystérieux, puis une réapparition aussi surprenante que son absence. Ses « conseillers » durent le doper moralement, car le leader de l’ABAKO réapparut animé d’intentions plus agressives et plus intransigeantes. S’adressant à ses interlocuteurs belges, il leur déclara :

-          « Messieurs, nous ne sommes pas venus à Bruxelles pour discuter de l’indépendance, mais pour la passation des pouvoirs ».

-          « J’exige au nom des congolais, la formation d’une constituante ou d’un gouvernement provisoire, jouissant, dès sa formation, de pouvoirs concrets et étendus pour toute la durée transitoire »,

-          « J’exige, au nom du peuple congolais, la direction des élections projetées » ;

-          « J’exige que soit porté à l’ordre du jour de la conférence un débat sur la validité ou non validité des élections communales de décembre 1959. »

-          « (…) au cas où cet accord n’interviendrait pas, nous boycotterons de la même façon les élections à venir dont nous ne reconnaitrons pas la validité » (Euloge Boissonnade, ibidem, p.29).

 

Alors qu’ils s’attendaient à un éclat de Lumumba, voilà que l’homme à qui, ils avaient accordé leur confiance non seulement leur échappait, mais les contrait avec une vigueur imprévisible. Quant aux congolais, un peu surpris, leur approbation jubilatoire ne laissait aucun doute sur leur intention de ne repartir de Bruxelles, qu’une fois l’acte l’indépendance paraphé par les deux parties (Euloge boissonnade, 1998).

 

Enfin, les leaders politiques congolais obtiennent du gouvernement belge l’engagement formel de ne pas considérer les travaux de la Table ronde comme une Assemblée consultative. Après de longues discussions consacrées aux structures politiques du pays, on décide que l’occasion à l’indépendance aurait lieu le jeudi 30 juin 1960.

 

Les travaux de la Table ronde se terminent dans l’allégresse générale et sur un air de cha – cha – cha composé en l’honneur de l’indépendance par Kabasele et l’African Jazz. Le retour des participants de la Table ronde au pays et dans leurs régions s’est effectué dans l’enthousiasme. Avant la proclamation de l’indépendance, la situation générale était confuse. Les troubles se poursuivaient, les milieux d’affaires ne cachaient pas leur scepticisme tandis que les grèves et les revendications sociales se multipliaient (Tshimanga wa Tshibangu 1976).

 

Il est juste d’admettre que le roi Baudouin avait quelques raisons de s’enorgueillir de l’œuvre réalisée par son peuple au Congo. D’abord parce que les Belges avaient fait un Etat cohérent d’un conglomérant de 365 ethnies, ensuite parce qu’ils rendaient aux Africains une colonie qui était un modèle du genre du point de vue du développement.

 

Certes, il y avait quelques imperfections, notamment le manque d’élites. Il est vrai que si les congolais avaient eu un Senghor ou Houphouët Boigny pour diriger leurs premiers pas dans l’indépendance, le sort du pays eut été différent. Mais tel qu’il était en ce mois de janvier 1960, le Congo était un pays en plein expansion, bénéficiant d’une monnaie saine et d’infrastructures modernes.

 

Bref, les congolais avaient le pain et la beurre, il leur restait à faire la tartine. Las ! Ils ne surent pas utiliser le couteau…

 

Au mois de mai 1960, les élections législatives donnèrent une écrasante majorité au MNC. Avec 41 sièges contre 12 à l’ABAKO de KASAVUBU, P.E LUMUMBA pouvait dicter ses conditions au parlement et faire élire le président de la République de son choix. Astucieusement, Lumumba, qui briquait le pouvoir effectif, abandonnant les honneurs de la présidence de la jeune république à Joseph KASAVUBU. En contrepartie, le Chef de l’Etat lui confia la mission de former le premier gouvernement congolais.

 

Voici la composition du premier gouvernement LUMUMBA de 67 jours, (juin – septembre 1960) : Gouvernement (a)

 

Noms

Ministères

Parti

01

LUMUMBA

Défense nationale

MNC/L

02

BOMBOKO

Affaires étrangères

UNIMO

03

BISUKIRO

Commerce extérieur

CEREA

04

MUAMBA

Justice

Balubakat

05

GBENYE

Intérieur

MNC/L

06

N KAYI

Finances

ABAKO

07

YAV

Affaires économiques

CONAKAT

08

ILUNGA

Travaux publics

UNC

09

SONGOLO

Transports et communication

MNC/L

10

LUTULA

Agriculture

MNC/L

11

MASENA

Travail et prévoyance sociale

PSA

12

MBUYI

Classes moyennes

MNC/L

13

KAMANGA

Santé publique

COAKA

14

RUDAHINWA

Mines et énergie

RECO

15

MAHAMBA

Affaires foncières

MNC/L

16

NGWENZA

Affaires sociales

PUNA

17

MULELE

Éducation nationale

PSA

18

KASHAMURA

Information

CEREA

19

MPOLO

Jeunesse et sports

MNC/L

 

(a) il avait six autres membres avec rang de ministre : GIZENGA (PSA), vice-premier ministre, DELVAUX (LUKA), ministre résident en Belgique, KANZA délégué aux Nations Unies, BOLYA (UNIMO), GRENFELL (MNC.L), KISOLOKELE (ABAKO) et GENGE (PUNA) était Ministre d’Etat sans portefeuille. (Tshimanga wa Tshibangu, op.cit, P.105).

 

Conclusion

 

De tout ce qui précède, nous pouvons dire qu’au parcourt de la naissance de P.E LUMUMBA, nous a révélé que celui-ci était du territoire de Kataka-kombo, fils de papa TOLENGA avec ses trois frères Charles LUKULUNGA, Émile ONATUKU et Louis LUMUMBA.

 

Quant à sa formation politique, LUMUMBA a voyagé non seulement à Kinshasa mais aussi à Kisangani, Brazzaville. L’expérience du racisme, vécut à Kinshasa, lui fait découvrir d’autres types de rapports sociaux avec les européens à Brazzaville.

 

À Kisangani, il se confie aux professeurs bénévoles européens qui ont stimulé en lui des lectures plus systématiques en sciences sociales : Droit, Philosophie, sciences économiques et sociales, administration publique. Et surtout sa rencontre à partir de 1952 avec un sociologue belge P. Clément chargé par l’UNESCO d’une conquête sur les aspects sociaux de l’urbanisation en Afrique.

Dans la Table ronde de Bruxelles, l’absence de P.E LUMUMBA donnait un point litigieux, pour sa participation dans cette réunion par la délégation congolaise. Mais quarante-huit heures plus tard, Lumumba débarquait à Bruxelles.

Ainsi, une fois au pouvoir, P.E LUMUMBA forme le premier gouvernement de juin-septembre 1960 de notre pays.

 

Bibliographie

 

Julien, C.A. (1977). Les Africains. Bruxelles.

Boissonnade, E. (1998). Kabila clone Mobutu. Paris : éd. Moreux.

Paul Van Reyn (1960). Le Congo politique, les partis et les élections. Paris : éd. Europe-Afrique.

Mpoyo Kasavubu J. (1997). Kasavubu et le Congo-indépendant (1960-1969). Bruxelles ; éd. Le cri.

Tshimanga wa Tshibangu (1976). Histoire du Zaïre. Bukavu ; éd. CERUKI.

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